ÉQUITATION 
& HANDICAP MOTEUR

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Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes en situation de handicap physique, sensoriel ou mental sont présentes dans les centres équestres et poney-clubs de France. Le partenariat avec le cheval permet à chacun de pratiquer selon ses en- vies et ses capacités. D’ailleurs, la FFE s’est engagée depuis de nombreuses années dans le développement de la pratique équestre pour tous, avec en 2016 l’obtention de la délégation ministérielle pour le para-dressage, discipline paralympique. En 2017, la FFE a renforcé et élargi son engagement avec sa démarche Cheval et Diversité. Diversité des acteurs, des activités, des bénéficiaires : une richesse qui vient à la rencontre du partenaire cheval. Depuis 3 ans, la FFE rapproche les mondes équestre, sanitaire, social et médico-social. Elle les accompagne et les fédère autour d’un même objectif : permettre au plus grand nombre de bénéficier des bienfaits des activités équestres. En Auvergne-Rhône-Alpes, Lauren Castaingt, experte fédérale, s’est spécialisée depuis plusieurs années dans l’accompagnement équestre de personnes en situation de handicap. Rencontre.

L’accompagnement de public handicapé était-il une vocation pour vous ?

Lauren Castaingt : Pas du tout. Formée au Centre Hippique des Alpes, à Saint Ismier, j’ai d’abord enseigné l’équitation classique durant plusieurs années. Du baby poney à la compétition, j’ai donné des cours dans plusieurs structures. Au départ, je n’étais pas particulièrement attirée par le public handicapé. Je ne connaissais pas bien ce domaine et n’y avait pas porté d’intérêt particulier. Mais lors de chacune de mes expériences j’ai croisé la route de cavaliers en situation de handicap. Lors de mon retour au CHA, en parallèle de l’accompagnement d’une équipe compétition, j’ai développé l’accueil des handicapés en partenariat avec une structure proche des écuries accueillant des poly-handicapés. Je suis ensuite devenue maman de deux enfants et à cette période, en prenant un peu de recul, j’ai décidé de me spécialiser dans le développement de l’équitation à destination des handicapés et plus particulièrement des handicapés moteur.

Pourquoi avez-vous choisi cette spécialisation ? 

L.C. : Le rapport des handicapés au cheval n’est pas du tout le même que pour les cavaliers valides. Si j’aimais entraîner des cavaliers pour la compétition, j’ai pourtant parfois eu l’impression de perdre un peu le sentiment d’accompagner un couple singulier. Avec le public handicapé on est toujours dans un rapport ou c’est «grâce au cheval» alors que parfois avec les valides on est plus dans le «à cause de». C’est aussi lorsque je suis devenue maman que mon besoin de me spécialiser est apparu. Cela m’a certainement fait prendre du recul sur les choses. Aujourd’hui je suis vraiment le trait d’union entre le cheval et le cavalier. Certains de mes élèves vont même souvent dire bonjour au cheval avant de s’apercevoir que je suis là (rires)! J’ai retrouver le plaisir de partager avec le cheval et avec le cavalier. 

Comment avez-vous procédé ?

L.C. : J’ai suivi en 2012 et 2013 un BFE EH afin de me former à cette pratique particulière. J’avais déjà un peu de métier mais il a alors fallu tout décortiquer et tout re-séquencer. La formation BFE EH est facile d’accès pour les enseignants. C’est une formation rapide et simple, qui permet d’aborder tous les types de handicap. On apprend à savoir comment les appréhender, comment s’adapter. Le rôle d’enseignant prend une toute autre mesure. La formation est surtout pour nous l’occasion de repenser notre métier, de nous remettre en question sur la méthode à mettre en place pour améliorer la coordination, le confort du cavalier, etc. Petit à petit, on apprend aussi à se satisfaire de chaque progrès. Ce qui nous paraissait minime en terme d’équitation, s’avère souvent énorme en terme d’autonomie, de préhension, d’équilibre pour ces élèves.

Désormais, je forme des élèves dans les établissements tels que l’ASF, l’UCPA et j’accompagne aussi des enseignants lors des sessions de BFE EH et je prend beaucoup de plaisir à partager cela avec mes pairs. S’ils sont plus sensibilisés qu’à mon époque, les jeunes en formation sont souvent un peu gênés au départ et semble peu intéressés. Mais lorsque nous faisons des mises en situation, ils se révèlent finalement être des enseignants très à l’écoute, bienveillants et avec une bonne approche du handicap. J’ai bon espoir que cela se développe encore dans les prochaines années.

Comment vous êtes-vous équipée ?

L.C. : J’ai débuté en investissant en 2013 dans une calèche équipée d’un plancher que l’on peut descendre et monter. Cela permet d’accueillir des personnes en fauteuil et de les emmener en balade, de leur faire faire des exercice en carrière, de leur apprendre à mener par exemple. En 2014, j’ai acheté un hippo-lib. Il s’agit d’un objet que l’on fixe sur une selle classique pour maintenir le buste du cavalier. C’est un outil adaptable à différentes morphologies et qui apporte beaucoup de confort au cavalier comme aux accompagnants. Enfin, en 2016, j’ai investi dans un équi-lève, qui permet de mettre les personnes à cheval en toute sécurité.

Quelle place accordez-vous au dialogue avec les personnels de santé et l’entourage de vos cavaliers ?
L.C. : Je dialogue énormément avec les personnels de santé. Je fais en sorte d’aller dans leur établissement lors de notre première rencontre ou de faire venir les personnes qui montent le projet pour qu’il y ait une corrélation entre nous, un échange sain, un lien de confiance. Eclaircir les rôles de chacun est très important. Je suis la technicienne de l’équitation mais s’il y a un problème de comportement, de compréhension, j’ai besoin de leur aide.

Nous ne sommes pas des soignants et eux ne sont pas enseignants d’équitation. Quand on arrive à avoir cette relation de confiance c’est vraiment super ! J’ai aussi besoin de connaître l’histoire de chacun de mes élèves, car un handicapé de naissance ne s’aborde pas de la même manière qu’une personne handicapée suite à un accident ou une maladie. J’aime aussi avoir le sentiment de l’entourage de mes cavaliers sur leur forme du moment, leurs progrès du quotidien.

Aujourd’hui accueillez-vous tous types de personnes handi- capées ?
L. C. : Oui. Aujourd’hui, si de plus en plus de structures accueillent des publics handicapés, je suis la seule en région à accueillir des poly-handicapés lourds. J’ai établi mon «camp de base» dans une ferme équestre proche de chez moi, en Isère et j’exerce aussi dans quatre autres structures équestres. La seule limite fixée concerne les personnes de plus de 80kg. Par sécurité, je ne peux pas les mettre à cheval. Mais j’utilise alors la calèche.

Lors des semaines les plus chargées, j’accueille une cinquantaine d'élèves. Mais c’est une pratique à un tout autre rythme que les cours classiques. Les instituts viennent souvent en journée et très peu d’handicapés viennent pour une heure hebdomadaire. Ils font parfois cela une à deux fois par mois. C’est toute une offre à repenser pour les dirigeants mais cela est très enrichissant d’un point de vue personnel.

Pour les enseignants souhaitant se former

La session 2020 - 2021 du BFE Equi-Handi est complète ! Mais n’hésitez pas à faire part de votre souhait de participer à une prochaine session au Comité Régional, afin que ce BFE puisse être reprogrammé l’an prochain.

Pour nous faire part de votre souhait, écrivez nous par mail à : auvergne-rhone-alpes@ffe.com

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Pour contacter Lauren Castaingt, experte fédérale

lcastaingt@outlook.fr

06 08 97 77 87